En 1998, environ 6 millions de sujets contaminés dans le monde, par le virus du sida
Près de 6 millions de personnes ont été contaminées par le virus VIH en 1998 ; 70 % vivent en Afrique subsaharienne. Le virus gagne rapidement du terrain sur le continent asiatique, notamment en Inde et en Chine, et il se propage à une vitesse vertigineuse chez les toxicomanes d'Europe de l'Est. Les derniers chiffres d' ONUSIDA et de l' OMS tempèrent donc l'enthousiasme suscité par les progrès enregistrés aux Etats-Unis et en Europe, mais là aussi des efforts doivent se poursuivre en matière de prévention: si la mortalité baisse, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter.
L' AUGMENTATION de l'incidence de l'infection à VIH touche l'ensemble des pays. C'est l'Afrique subsaharienne, où aucune région n'est épargnée, qui reste en tête avec 70 % de l'ensemble des sujets contaminés cette année. La progression sur le continent asiatique s'accélère, notamment en Inde et en Chine.
Les ratés de la prévention
Dans la population toxicomane des pays de l'Est, on assiste à une véritable explosion de l'épidémie. Le pays le plus touché est l'Ukraine.
En Amérique latine et aux Caraïbes, l'infection touche avec prédilection les groupes marginalisés, mais elle ne se limite pas à eux.
Ni l' Amérique du Nord ni l' Europe occidentale ne sont parvenues à réduire le nombre de nouveaux cas. Depuis dix ans, le taux de contamination est resté stable au lieu de baisser. Comme le constatent les auteurs du dernier rapport d' ONUSIDA, « ces pays ont réussi à mettre un frein à l'épidémie, mais elle n'est pas maîtrisée pour autant. A ce stade, la tâche en matière de prévention est plus considérable que jamais. D'une part, les initiatives de prévention ont déjà porté leurs fruits dans les groupes faciles à atteindre comme les communautés d'homosexuels blancs ( ... ) ; d'autre part, les cas d'infection à VIH sont de plus en plus concentrés dans les couches les plus pauvres de la population ».
La prévalence de la maladie reste la plus élevée en Afrique où, depuis le début de l'épidémie, 34 millions d' Africains auraient été infectés.
Plus meurtrier que le paludisme
11, 5 millions, dont un quart d'enfants, sont décédés. Dans la seule année 1998, le SIDA a tué 2 millions d' Africains, plus que le paludisme responsable d'un million de morts. Actuellement, on estime qu'au sud du Sahara, 21,5 millions d'adultes et un million d'enfants vivent avec le virus.
6,7 millions de personnes sont infectées par le VIH en Asie du Sud et du Sud-Est. Suit l' Amérique latine, avec 1,4 million, l'Amérique du Nord avec près de 900 000.
Ces chiffres montrent bien que l'épidémie échappe à tout contrôle. L' ONUSIDA souligne que, « dans de nombreux pays, le VIH va faire reculer l'espérance de vie de façon dramatique. Dans les régions les plus affectées l' épidémie réduit les précieux acquis du développement réalisé au cours des dernières décénies ».
La baisse spectaculaire de la mortalité en Europe
La mortalité due au SIDA a baissé d'environ 80 % entre septembre 1994 et mars 1998: telle est la principale conclusion de l'étude prospective paneuropéenne EuroSIDA . 4 270 patients recrutés à différents stades de la maladie et recevant différents traitements ont été étudiés. En mars 1998, 1215 d' entre eux étaient décédés. La mortalité a été enregistrée de six mois en six mois, afin de suivre l'évoIution. C'est ainsi que les auteurs ont calculé qu'en 1994-1995 21,5 patients sur cent suivis mourraient dans l'année, chiffre qui est tombé pour la période la plus récente à 4, 1. L'analyse des résultats confirme le rôle prépondérant des récentes associations anti rétrovirales dans cette évolution favorable.
En France, l'année a été de la même façon marquée par une diminution des décès dus au SIDA: moins 27 % entre le second semestre de 1997 et le premier de 1998 . Conséquence: le nombre de personnes vivant avec la maladie est, lui, en augmentation. La baisse du nombre de nouveaux cas de SIDA très importante en 1996, un peu moindre l'année suivante, s'estompe: la diminution est de 6 % entre le dernier semestre de 1997 et le premier de 1998. Cette diminution est plus marquée chez les homosexuels (- 15 %) , elle n'est que de 7 % chez les patients contaminés par voie hétérosexuelle, alors que le nombre reste stable chez les usagers de drogues injectables. Le Réseau national de santé publique observe, en outre, que les nouveaux traitements ont eu un faible impact sur le dépistage du VIH à un stade avancé de l'infection: le nombre de patients qui développent un SIDA sans connaître leur séropositivité décroît peu.
En revanche, les patients séropositifs sont de plus en plus nombreux à bénéficier d'un traitement anti rétroviral pré-SIDA. L'annonce de l'efficacité des tri thérapies a incité de nombreux patients à avoir recours aux systèmes de soins. Cela est vrai pour les homo-/bisexuels, beaucoup moins pour les hétérosexuels, qui sont moins nombreux à connaître leur séropositivité, alors que ce mode de transmission continue à progresser.