LIGUGE, au fil des siècles...

( Les différents documents consultés ont été prêtés par Mr Gérard HYVERT, et proviennent de publications de la Société des Antiquaires de l' Ouest en 1891. Ces documents font une référence permanente aux écrits de DOM CHAMARD, de l' ABBE COUSSEAU, de l' ABBE BLEAU, et de DOM FONTENEAU )

DIX-SEPTIEME ET DIX-HUITIEME SIECLES

Par lettres du 7 août 1604, Henri IV avait autorisé les jésuites à fonder un collège à Poitiers.Des subventions du roi, du clergé, du corps municipal, de nombreuses souscriptions particulières, et enfin l' abandon fait à la Compagnie des bâtiments qu' occupaient les anciens collèges de Sainte-Marthe, de Montanaris et du Puygarreau avaient permis aux pères de cette Compagnie d' élever un établissement de premier ordre. L' enthousiasme pour cette fondation fut tel que, par surcroît, on voulut doter le nouveau collège de riches bénéfices.C' est à ces fins que furent faites, auprès de Gaspard le Franc, prieur de Ligugé, des démarches tendant à en obtenir, au profit de la Compagnie de Jésus, la résignation de son bénéfice. Le traité fut passé le 24 avril 1606 et, à la mort de Gaspard le Franc, qui eut lieu le 17 mars 1611, les pères jésuites prirent définitivement possession.Cette union du prieuré de Ligugé au collège de Poitiers fut confirmée par lettres patente de la reine Anne d' Autriche, datées de Poitiers, le 12 septembre 1615.

La possession de Ligugé par la Compagnie de Jésus ne fut pas sans trouble, à en juger par les nombreux procès qui furent suscités à cette congrégation pendant la plus grande partie du XVII iè siècle. Dom Chamard consacre tout un chapitre à ces litiges qui paraissent n' avoir cessé que le 2 novembre1672. Ce fut alors seulement que les nouveaux possesseurs de Ligugé purent songer à une sérieuse restauration du prieuré et de son église.

Mais si la Compagnie de Jésus restaura le prieuré de Ligugé de manière à le rendre propre à l' habitation et à en faire un lieu favori de villégiature, elle ne lui restitua point la vie monastique qui, depuis longtemps déjà, en était exclue; les Jésuites du collège de Poitiers, entièrement absorbés par l' enseignement de leurs neuf cents élèves, négligèrent Ligugé au point de vue spirituel, qu' ils le laissèrent aux soins d' un prêtre et de trois choristes. Il est bon de rappeler ici que la basilique du prieuré n' était point affectée au service proprement dit de la paroisse. Il faut savoir qu' en dehors du monastère s'élevait un modeste édifice, qui sous le vocable de Saint Paul, était l' église paroissiale. Cette église, sise un peu plus au nord et sur le versant de la colline, était desservie par un curé auquel étaient particulièrement dévolues l' administration des sacrements et celle de l' état civil.

Bien que déchu de l' ancien prestige que lui donnait la vie monastique, le prieuré dut à la mémoire de Saint -Martin d' attirer encore de pieux visiteurs. De ce nombre fut, au XVIII iè siècle, le vénérable Louis-Marie Grignon de Montfort qui, de son pèlerinage à Rome, se rendit à Ligugé, où il arriva dans la matinée du 25 août 1706.

Un demi siècle après, le prieuré de Ligugé, déjà soumis à tant de vicissitudes, devait cesser d' appartenir à la Compagnie de Jésus, pour tomber en des mains mercenaires. L' union de ce prieuré avec le collège de Poitiers cessa, en effet, le 6 août 1762, époque à laquelle le Parlement de Paris prononça, contre les jésuites, le terrible arrêt qui les frappait dans leur existence même. Un économe général fut chargé, par le roi, de l' administration des bénéfices ayant appartenu à cet ordre illustre, et cet économe nomma des fermiers généraux qui lés régirent jusqu' en 1790.

Nous voila bien près des actes de vandalisme qui frappèrent de nouvelles mutilations l' église de Jean d' Amboise et de Geoffroy d' Estissac. Ils ne furent que la conséquence des lois révolutionnaires, qui, confisquant les biens ecclésiastiques et monastiques sous le titre de propriétés nationales, condamnèrent à l' aliénation et à la dispersion les domaines du prieuré de Ligugé.

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