Maurice GarçonDiscoursMaurice Garçon (1889-1967)

Avocat et écrivain français, membre de l'académie française depuis 1947, président ou membre de nombreuses académies littéraires.Avocat à la cour d' appel de Paris depuis 1911, il a défendu un grand nombre de causes, s' illustrant en particulier lors des procès littéraires et criminels.On lui doit plusieurs ouvrages sur la sorcellerie, l'histoire et l'éloquence judiciaire: le Diable(1926), la vie exécrable de Guillemette Babin, sorcière(1930), la Justice contemporaire(1933), la Justice au Parnasse(1937), Magdeleine de la Croix, abbesse diabolique(1939), Sur des faits divers(1945), Procès sombres(1950), Louis XVII ou la Fausse Enigme(1952), Histoire de la justice sous la III iè République(1957), L'avocat et la morale(1963).


<<Ligugéen à part entière, car il venait très souvent en week end ou en vacances dans sa propriété de "Montplaisir", je l' ai connu et lui ai prodigué des soins à plusieurs reprises.Je me souviens tout particulèrement de lui dans les années 50, où il aimait tant se déplacer dans les rues de Ligugé en charette à cheval, habillé en particulier d' une veste à carreaux blancs et noirs réhaussée d' un grand foulard rouge.D'un abord très facile, et de personnalité très simple, il avait très belle allure aves ses cheveux grisonnants peignés avec une raie au milieu.>>

<<Je me souviens également très bien de sa mère, femme simple et amusante, qui le jeudi, lorsque j' étais enfant, me confectionnait de délicieux chaussons aux pommes, dans sa petite maison, située à la sortie de Ligugé, face aux anciens bâtiments de la filature.>>

Dr C Moscovici


Afin de mieux illustrer ce que fût la vie de ce grand personnage, voici le texte de l' allocution que Mr Rolland DORGELES prononça sur les ondes de France Culture, le 6 janvier 1968, dans l' émission d'hommage à Maurice Garçon.

ADIEU A MAURICE GARÇON

par Roland DORGELES, Président de l'Académie Goncourt.

 

Mardi dernier, à l'heure même où Maurice Garçon devait s'asseoir à la table des Goncourt nous le conduisions à sa dernière demeure au cimetière de Meudon.Dans ses dernières volontés, dictées par la simplicité, il avait demandé : pas de fleurs, or il en était arrivé de partout ; pas de tentures, et la neige étalait les siennes sur le jardin des morts; pas de monde, et l'église était pleine d'amis connus ou inconnus; pas de discours et nous devons aujourd'hui en prononcer, non devant quelques intimes, mais devant la foule innombrable des pêcheurs d'ondes. Lui-même aimait écouter la voix mystérieuse de la radio Je l'ai vu souvent tourner machinalement le bouton de son petit poste à l'heure des informations. En ce moment même, peut-être est-il quelque part à l'écoute ?

Il croyait à la magie, dont il avait approfondi les secrets, il croyait à la sorcellerie, à quoi il avait consacré de passionnants ouvrages. Là où il est maintenant il doit tenir enfln la solution du grand problème.

Comme Président de l'Académie Goncourt, je dois d'abord le remerc ler d'avoir été pour nous le plus précieux des défenseurs. A deux reprises il a plaidé pour nous des procès délicats qu'il a gagnés. Il succédait dans cette charge à Léon Bérard qui avait succédé lui-même à Raymond Poincaré. Nos défenseurs ont foujours été de grande classe.. Mais lui n'était pas seulement pour les Dix un homme de loi, mais un ami. Surtout, le mien, je peux le dire car je le connaissais depuis plus de cinquante ans, quand il débutait au barreau. Nous nous rencontrions au Palais de Justice, dans la salle des Assises, lors des grandes affaires et j'avais été aussitôt attiré par sa brillante intelligence, son esprit toujours en éveil, séduit aussi par le charme de ses propos et de ses gestes. Il soulignait les mots d'un signe de ses longues mains de prestidigitateur, semblant jongler avec les arguments, et le tribunal, les jurés étaient bientôt fascinés.

Il menait ses plaidoiries comme on fait de l'escrime. Il esquivait, parait, feintait, puis se fendait et portait son coup droit.Il s'entendait mieux que quiconque à dérouter ses adversaires. Ainsi, lorsque déposait un témoin à charge, il affectait de s'en désintéresser et s'amusait à dessiner. Pourtant il n'avait pas perdu un mot et tout à coup, découvrant une contradiction, il se dressait, brandissant une pièce du dossier. Le témoin décontenancé n'était plus sûr de lui. L'accusation se trouvait désarmée.Avec lui pas d'effets de manche, de tirades pompeuses, de violences calculées, mais une éloquence classique, un style impeccable, des plaidoiries qu'on peut relire comme des morceaux d'anthologie.

Il avait dans le sang un tel goût de défendre qu'il plaidait dans ses livres la cause d'innocents disparus depuis des siècles. De même il ne craignit pas, pendant l'occupation, de se compromettre en prenant la défense de jeunes patriotes qui risquaient le poteau d'exécution. Toute cause juste devenait la sienne et il s'y vouait passionnément.

Comme il dépensait généreusement pour tout ce qu'il entreprenait, les associations les plus diverses lui demandaient de prendre la présidence et, bien que débordé par ses devoirs d'avocat, il ne disait jamais non. C'est ainsi qu'il avait accepté la présidence de la Société des Illusionnistes. L'avocat n'est-il pas le plus étonnant des illusionnistes, escamotant les faits lorsqu'ils gênent et faisant surgir la vérité là où on ne l'attend pas.

Lui-même était d'ailleurs un étonnant prestidigitateur, s'amusant à.des tours de cartes qui laissaient l'entourage interdit.

Toujours par affabilité il présida une ligue antialcoolique. Là encore il était à sa place, car il ne buvait jamais d'alcool, et très peu de vin. Mais un dimanche nous fûmes invités à Beaune, avec Georges Duhamel et d'autres écrivains, à des fêtes données en l'honneur du Bourgogne. Dans les rues de la ville des jeunes filles en costume d'autrefois offraient des grappes et des verres de bon vin. Par jeu, nous enlaçâmes l'une d'elles et, lui renversant la tête, lui fimes boire une gorgée. Par malheur, un opérateur de cinéma passait par là et s'empressa d'enregistrer la scène. La semaine suivante elle paraissait sur les écrans et des buveurs d'eau indignés adressèrent des protestations à la ligue des tempérants. Maurice Garçon, le jour même, donna sa démission.

On pourrait s'étonner que je glisse ce joyeux épisode dans un hommage rendu à un grand disparu, mais notre ami avait comme moi horreur de la solennité et il aimerait mieux cette plaisante anecdote que certains souvenirs qui l'eussent attristé.

Maurice Garçon avait eu le bonheur de réaliser dans son âge mûr son rêve d'enfant. Dans sa jeunesse, en vacances à Ligugé où son père possédait une maisonnette, il allait jouer dans le parc du beau domaine de Montplaisir et se disait : « Quand je serai grand je voudrais acheter ce château ». Cela paraissait impossible, mais il travailla tellement, plaidant sans relâche, qu'il put acquérir la propriété convoitée. Il y a goûté des jours de bonheur, non en se reposant - l'inaction lui pesait - mais en étudiant ses dossiers, écrivant des articles, préparant des conférences. En dépit de ses airs nonchalants, il travaillait toujours.

Parmi les nombreuses sociétés qui l'avaient placé à leur tête, sa préférée était certainement celle des Amis de Huysmans, mais je laisse au défenseur passionné de l'auteur de Là-Bas le soin de vous en parler.

Tous les samedis, Maurice Garçon se délassait en recevant, dans son grand bureau fortiflé de livres, un petit groupe d'amis rassemblant des écrivains, des avocats, de hauts fonctionnaires et tout l'après-midi on discutait les problèmes du jour dans une totale liberté d'esprit, la contradiction étant de règle. C'était ce qu'il appelait l'Académie de l'Eperon, et chaque membre recevait de lui un petit jeton doré à l'effigie de Minerve.

Maintenant hélas, cette monnaie précieuse n'aura plus cours. Nous ne nous réunirons plus chaque semaine, autour de lui pour poursuivre une discussion entamée depuis un quart de siècle.

Mais comme je crois autant que lui à l'irréel je l'imagine plongé dans son profond fauteuil et écoutant pour se distraire nos bruyantes controverses.

Qui sait, les morts sourient peut-être ?

 

Une belle leçon toujours d'actualité:SON DISCOURS DE RECEPTION A L'ACADEMIE FRANCAISE

Remise de l'Epée d'Académicien à M. Garçon

.

Saint-Martin Le village L'abbaye L'Eglise Rabelais Huysmans V.Teissier Schumann De gaulle.

Pour retrouver le Menu Général de la Page d' accueil, tout en économisant la mémoire, cliquez en priorité sur "Ecran précédent" dans le menu du navigateur, sinon, cliquez ci-dessous:

 

Page d' accueil

FrancitéHit-Parade

Votez pour ce site au WebOrama