Articles d'archive extraits de la LETTRE DE LIGUGE

LE PARDON

 

« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »

 

Introduction : le pardon comme pain quotidien

 

Nous avons autant besoin de pardon que de pain quotidien. Qui que nous soyons, le pardon, reçu ou donné, est aussi notre pain quotidien. Pardon reçu d'abord : de Dieu, des autres et de nous-mêmes ; pardon donné ensuite : à nous-mêmes, aux autres, et, pourquoi le cacher ? à Dieu lui-même. Sans cesse nous avons besoin d'être pardonnés et de pardonner : que ce soit dans le couple, dans la famille, dans nos communautés religieuses, dans la vie sociale ou politique, etc.

 

1. La traduction officielle.

Bien qu'elle ne fasse pas l'unanimité des spécialistes, nous prenons la traduction officielle et liturgique telle qu'elle nous a été proposée

« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

Traduit littéralement, le texte de Matthieu dit - « Remets-nous nos dettes comme aussi nous avons remis à ceux qui nous doivent », tandis que Luc a retenu : « Remets-nous nos péchés, car nous -mêmes aussi remettons à tout homme qui nous doit » (traduction Boismard dans la Synopse).

Matthieu parle donc de dette et Luc de péché. Mais les biblistes nous disent qu'en araméen ces deux termes, dette et péché, sont exprimés par un même mot, employé au sens propre pour « dette » et au sens figuré pour «péché ».

Les biblistes nous disent aussi que cette image de remise de dette, employée dans le Notre Père, définit la situation de l'homme devant Dieu dont il est le débiteur insolvable , autrement dit, elle désigne notre condition de pécheur qu'aucune bonne oeuvre ne pourra jamais effacer, contrairement à ce qui était, semble-t-il, l'opinion des penseurs religieux juifs au temps de Jésus.

Le mot « offense », adopté par la nouvelle version du Pater, traduit à la fois, et assez fidèlement, le sens de dette et celui de péché - qu'il s'agisse des offenses à l'égard de Dieu comme à l'égard des hommes.

2. Le pardon : un leitmotiv des Synoptiques.

Si les évangiles, et le Nouveau Testament en général, parlent peu du pain quotidien, par contre le thème du pardon y revient plus souvent et surtout de manière beaucoup plus insistante, notamment dans l'évangile de Matthieu.

À peine achevée la présentation du Notre Père, en effet, Matthieu revient immédiatement et avec gravité sur le pardon des offenses (Mt 6, 14-15). « Car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes. » Et, toujours dans Matthieu (18, 11-35), à Pierre qui demande à Jésus combien de fois il faut pardonner - au maximum sept fois selon Pierre

Jésus répond que ce n'est pas sept fois, mais soixante-dix -sept fois sept fois. Cette réponse du Christ est tout d'abord hautement symbolique, puisque le chiffre sept est dans le monde sémitique le symbole de la plénitude : ce qui signifie qu'il faut pardonner tout, toujours et à tous. Et cette réponse de Jésus nous indique également que telle ne devait pas être la doctrine officiellement pratiquée de son temps. Dans ce domaine aussi, la pensée du Christ apporte donc un bouleversement total dans les idées reçues en son temps.

Et, pour bien se faire comprendre, Jésus illustrera plus tard son propos par une parabole tout à fait éclairante, celle du « débiteur impitoyable » (Mt 18, 23-35), qui se termine par les paroles du roi à son intendant malhonnête et inhumain : « 'Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette (impossible à rembourser) parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon (dont la dette était minime), comme moi-même j'avais eu pitié de toi ?' Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il eût tout remboursé. Et Jésus conclut: « C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur. »

Cette parabole semble bien confirmer ce que nous disions plus haut, à savoir que nous sommes à l'égard de Dieu des débiteurs insolvables, c'est-à-dire que nous ne pouvons, à cause de la multitude de nos fautes, rembourser notre dette : c'est Jésus qui s'en est « chargé ».

Cette parabole semble nous indiquer également que les offenses que nous avons à pardonner à nos frères sont sans comparaison par rapport à la dette que nous avons envers Dieu.

Et il y a aussi dans le texte de la parabole ce mot du roi : « comme » « ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon 'comme' moi-même j'avais eu pitié de toi ? » Nous verrons plus loin le problème posé par ce mot « comme » lorsque nous disons dans le Pater: « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». En un mot, nous est-il vraiment possible de pardonner « comme Dieu nous pardonne ? Et pourtant, comme le dit encore Matthieu (5, 23), on ne peut présenter son offrande à l'autel sans s'être réconcilié au préalable avec son frère.

Remarquons aussi les derniers mots de la parabole : pardonner « de tout son coeur », ou bien « du fond du coeur ». Pardonner à moitié n'est pas pardonner, alors que nous pouvons penser et croire - que Dieu nous pardonne de tout son coeur, comme le fit le père de l'enfant prodigue à son retour à la maison paternelle.

Quant à Luc, qu'on appelle à juste titre l'évangéliste de la miséricorde, il n'a pas jugé bon de retenir la parabole de l'intendant malhonnête et, plus curieusement encore, il ne rapporte pas non plus la béatitude de la miséricorde. Cependant Luc a concentré en quelques phrases l'enseignement de Jésus sur le pardon. Et l'on ne peut oublier l'admirable parabole dite « de l'enfant prodigue », dont nous venons de parler. Là aussi, le fils ne peut rendre à son père la dette qu'il a envers lui. Et n'oublions pas que, dans cette parabole, le père, c'est Dieu le Père lui-même et le fils prodigue... c'est nous !

En 6, 36-38, Luc écrit également cette série de sentences qui doit nous rendre bien modestes devant Dieu et devant les hommes : « Soyez -miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez et vous serez pardonnés ( ... ) Et la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. »

À cette lecture non exhaustive des textes évangéliques sur le pardon, on constate que, pour Jésus, le pardon n'est pas, pour ses disciples, une simple invitation pour l'hygiène du coeur, mais qu'il est vraiment une exigence incontournable, dont nous verrons pourtant plus loin qu'elle ne va pas de soi. Mais il n'y a ni obscurité de ambigiiité dans cette demande du Notre Père. Avec l'évangile, c'est la fin de la rancune, du du ressentiment, de la vengeance et de la haine, même s'il faut parfois du temps, beaucoup de temps pour retrouver la paix en soi-même après avoir reçu telle ou telle blessure qui pourra laisser une trace indélébile...

3. Pardonner, est-ce oublier ? ou les aspects psychologiques du pardon.

Souvent l'on entend cette réflexion après un conflit: « C'est oublié, n'en parlons plus. » S'il s'agit d'une égratignure bénigne, on peut oublier, sinon la vie serait impossible si notre mémoire gardait le souvenir de tous les coups reçus - bien que ces blessures puissent être enfouies dans notre subconscient. Mais il y a des offenses qu'il est humainement ùnpossible d'oublier. Pensons à certains règlements de comptes, aux crimes, sur de enfants en particulier, aux adultères, aux holocaustes, aux goulags, etc. L'expérience, confirmée d'ailleurs par les sciences humaines, nous dit que non seulement il est impossible d'oublier, mais qu'il ne faut pas oublier. Et l'évangile lui-même ne nous dit nulle part que pardonner, c'est oublier.

Dans un article intitulé « Car tout est grâce », le penseur protestant Jacques Ellul analyse clairement le danger de l'oubli : « La psychologie des 'profondeurs' et encore plus la psychanalyse nous rappellent que des blessures oubliées laissent des cicatrices physiques, psychiques, spirituelles, comportementales. L'oubli efface le ressentiment conscient, la colère et la volonté de vengeance, mais ce qui s'est passé n'est pas aboli. J'a été changé par cette offense et l'oubli le fait disparaître du champ de ma conscience et de ma volonté, non point dans le fond de ma personne Le pardon n'est donc jamais aisé, le pardon n'est pas bon marché et l'on bute sur sa propre faiblesse. 'Je ne peux pas'. »

Par ailleurs, dire « je te pardonne » à quelqu'un qui vous a gravement blessé peut être très ambigu, dans ce sens que l'on refoule la blessure parce qu'en réalité on est incapable de pardonner, mais ce verrouillage des sentiments risque un jour de causer de gros dégâts psychologiques. Ou bien, c'est en quelque sorte humilier l'offenseur en éprouvant à son égard une sorte de supériorité, de mépris ou d'irresponsabilité.

« La condition du pardon, a dit Paul Ricoeur, c'est la vraie mémoire libérée de la hantise. »

Et l'écrivain espagnol Jorge Semprun, qui a été interné au camp de Buchenwald, disait: « Oublier, non! Il faut se souvenir de tout pour pouvoir pardonner. Il faut que la mémoire soit très forte, très précise, si on veut pardonner vraiment » (cité dans La Vie du 6 avril 1995,'p. 63).

Et le philosophe Alain Finkielkraut, dans un dialogue avec Paul Ri.coeur,l estime « qu'il s'exerce constamment une concurrence déloyale entre le pardon et l'oubli. Pour pardonner une offense, il faut en conserver la mémoire. Mais l'oubli peut se faire passer pour le pardon. »

En fait, Dieu seul peut dire, selon Jérémie (31, 34): « Je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché. ».

4. « Comme » nous pardonnons, ou le pardon de Dieu conditionné ?

Par cette formule, faut-il faire dire à Dieu : « Je te pardonné si tu pardonnes toi-même » ? Mais pouvons-nous vraiment pardonner comme Dieu pardonne, lui qui « jette nos fautes au fond de la mer », c'est-à-dire dans le plus profond oubli,'alors que nous-mêmes, comme nous venons de le voir, ne pouvons ni ne devons oublier ?

Comment nous pardonner à nous-mêmes d'abord nos limites, nos erreurs « impardonnables », nos tendances ou nos habitudes incorrigibles, notre péché ?

Comnient tout pardonner aux autres : leurs blessures volontaires et cruelles, les blessures reçues dans notre enfance et que nous traînons toute notre vie, ainsi que les blessures de la vie qui risquent de faire de nos coeurs de chair des coeurs de pierre ?

Comment aussi pardonner à Dieu lui-même « comme il nous pardonne » ? Comment lui pardonner parfois les injustices, les inégalités, les échecs de la vie, lui pardonner le mal, la souffrance, son absence quand nous aurions tellement besoin de lui ? Nous revient en mémoire l'interrogation des psaumes sans cesse répétée au cours des siècles : « Où donc estil ton Dieu ? »

Nous sommes là au cceur de bien des drames humains. Et manifestement les biblistes semblent assez embarrassés pour commenter ce « comme » nous pardonnons - tant leurs explications sont parfois bien confuses ou trop subtiles.

5. Des pardons « impossibles ».

Combien de fois n'avons-nous pas entendu cette réflexion : « Non, je ne pardonnerai jamais ». On cite aussi le cas de ce Juif polonais chargé de faire entrer les Juifs dans les chambres à gaz et qui, après la guerre, resta muet pendant trente ans. S'agit-il ici d'un traumatisme psychologique incurable ou d'une impossibilité de se pardonner ?

Alors, oui ou non, est-il vraiment possible de pardonner comme Dieu pardonne ? Notre. expérience, hélas, nous dit que pardonner est parfois au-dessus de nos forces humaines. Nous ne sommes pas Dieu! Et nous savons qu'il faut parfois des années et même attendre les derniers instants de notre vie pour pardonner des blessures si profondes qu'elles ne sont jamais cicatrisées. Et pourtant nous expérimentons en même temps que refuser de pardonner est un tourment lancinant.

Mais on pourrait peut-être comparer cette demande du Pater à cette autre parole de Jésus : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Cela aussi, hélas, nous est impossible. Mais ces propos doivent nous faire comprendre que nous devons toujours tendre vers la sainteté de Dieu, de même que notre coeur doit toujours, malgré les difficultés que nous connaissons, être disposé à pardonner comme Dieu nous pardonne.

Un aumônier de prison rapporte ces deux réflexions - « Quand je discute avec de jeunes criminels avant un procès, ils me disent souvent, « Je ne pourrai jamais me pardonner. » Et un dimanche où, dans sa prison, ce même aumônier prêchait sur le pardon, une détenue se lève et l'interpelle en lui disant crûment: « Comment voulez-vous que je pardonne à mon père qui m'a violée pendant dix ans ? »

Et nous savons que le grand philosophe juif Vladimir Jankélévitch - qui avait fait l'éloge du pardon tout en tentant de délimiter une zone de l'impardonnable -, lorsqu'il apprit l'horreur des camps d'extermination allemands, a cessé immédiatement et de lire les auteurs allemands et même d'écouter de la musique allemande.

Au cours d'une émission télévisée, en novembre 1995, l'écrivain, ancien déporté du camp de Buchenwald, Élie Wiesel, que l'on sait particulièrement religieux, disait: « Tuer un enfant, c'est le mal absolu. Aucun pardon ne devrait être accordé à ceux qui sont responsables de ces crimes-là. »

On sait aussi ce que rapportait Rigoberta Mentchu, cette jeune femme du Guatemala qui a obtenu le prix Nobel de la Paix. On avait obligé sa mère, mêlée à la foule, à assister à la torture et à la mort de son f Is qui était membre des milices opposées au pouvoir en place. Et cette fermne disait. « Ma fille, quand on a vu une pareille chose, on ne peut pas pardonner. » On ne peut demander à toutes les mères d'être comme celle des sept frères martyrs du Ilè' Livre des Maccabées...

Dans l'article cité plus haut, Jacques Ellul nous indique une voie royale pour faciliter le pardon: « Tout comprendre pour tout pardonner ». Et il s'explique : « Autrement dit, quand quelqu'un fait du mal à d'autres, si on essaie de comprendre pourquoi, dans quelles circonstances, quel fut son passé, quelle est sa situation psychologique et sociale, quel fut son cheminement au coeur de sa vie, on aurait une explication raisonnable, compréhensible de son acte, et cela conduirait à pardonner. » Mais un peu plus loin, dans ce même article, l'auteur considère, de manière peut-être plus contestable, qu'à défaut de pardon, il faut laisser venir l'oubli. « Quand on ne peut pas pardonner, dit-il, il faut rompre avec l'offenseur, celui qui nous a fait du mal, et laisser passer le temps. Avec le temps s'éloignent les ressentiments, pour entrer dans un passé qui ne nous émeut plus, qui peu à peu va s'effacer, et je vais oublier l'offense en même temps que la personne qui m'a fait mal... »

6. Des pardons exemplaires.

Certains cependant, qui sont descendus au plus profond de l'abîme de la souffrance, n'oublient pas mais pardonnent. Nous voudrions présenter brièvement trois de ces cas particulièrement émouvants pour montrer que rien n'est impossible à l'Esprit de Dieu qui habite le coeur de l'homme.

Le premier cas est celui de Maïti Girtanner, une jeune résistante de la dernière guerre, qui fut arrêtée et torturée en Allemagne par un médecin, Léo. Ces tortures l'enferment dans une résille de douleurs et sa moëlle épinière est gravement et défmitivement atteinte. Et la carrière de grande pianiste à laquelle elle était promise est désormais impossible. Pendant quinze ans elle pense au suicide. Mais en même temps elle prie: pendant plus de quarante ans, elle prie pour son bourreau. Et voici que celui-ci, vieilli et angoissé par son passé à l'approche de la mort, se présente un jour chez sa victime. Au moment de par-tir, Léo embrasse MWiti et lui dit « pardon » - qui bien sûr est accordé immédiatement. Au terme de la période où elle était poursuivie par l'idée de suicide, Maîti Girtanner confiait: «Il a fallu qu'autre chose intervienne dans ma vie pour que puisse lentement et difficilement dépasser ce point où je balançais entre la vie et la mort. Ce quelque chose prend sa source en JésusChrist. »

Le second cas est celui de Kim Phuc, cette jeune femme vietnamienne dont la photo a fait le tour du monde. On la voit, à l'âge de neuf ans, nue, le visage épouvanté, au milieu d'un groupe d'enfants et de soldats fuyant un bombardement au napalm par les Américains pendant la guerre du Vietnam. Kim Phuc est atteinte par le napalm qui lui brûlera la peau. Elle en gardera, à vie, des séquelles particulièrement douloureuses. Un jour, aux Etats-Unis, au cours d'un rassemblement de vétérans du Vient-Nam, on lui demande de prendre la parole, et elle dit combien elle aimerait rencontrer l'officier qui avait commandé le bombardement. L'officier est là et il arrive à rencontrer Kim Phuc. En larmes l'un et l'autre, ils s'embrassent en signe de pardon. Cela se passait vingt-quatre ans après le bombardement. Pendant ce temps, l'officier américain était devenu pasteur et Kim Phuc avait découvert le Christ et son évangile.

Il y a enfin le cas, bien connu également, du grand pianiste argentin Miguel Angel Estrella, celui qui, sous la torture, criait le Notre Père, mais ne pouvait dire alors « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Une fois libéré, il a révélé qu'il connaissait certains de ses bourreaux, mais qu'il renonçait à les poursuivre car, disait-il, pour bien faire son métier de pianiste, il avait besoin de sérénité et de paix. Et il confiait un jour: « Pour moi, le pardon est chose naturelle... »

Il n'est peut-être pas inutile, au terme de ces trois cas exemplaires de pardon, de faire remarquer que les trois victimes connaissaient le Christ et son évangile.

Conclusion : le Christ, modèle du pardon.

Pour pardonner, notre référence, c'est le Christ. Et, dans ce domaine, il a pratiqué ce qu'il a enseigné, tout au long de son ministère de prédicateur itinérant, mais surtout au moment de sa Passion et de sa mort, et après sa résurrection. Pensons en particulier au cas de Pierre. Jésus pardonne, mais n'oublie pas. Bien au contraire, si, après sa résurrection, Jésus demande à trois reprises à Pierre - « Pierre, m'aimestu ? », c'est bien pour rappeler et effacer les trois reniements de l'apôtre.

N'oublions pas non plus la mystérieuse parole de Jésus sur sa croix. Avant d'expirer, en pensant à tous ceux qui l'avaient conduit sur la croix, Jésus dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » Jésus ne dit pas en effet - « Père, je leur pardonne », mais « Père, pardonneleur ». Une telle parole, nous pouvons peut-être, dans la grâce de l'Esprit de Jésus, toujours la dire nous aussi, en demandant à Dieu de faire à notre place ce que nous ne pouvons faire nous-mêmes, parce que notre blessure est trop profonde et parce que l'offenseur qui nous a blessé n'était peut-être pas totalement responsable de ce qu'il disait ou faisait - comme nous-mêmes d'ailleurs ne savons pas toujours la raison de nos offenses. Qui peut lire les secrets de son subconscient ?

« Vous avez appris qu'il a été dit: 'Îil pour oeil, dent pour dent'. Jésus est venu mettre fin à l'escalade de la vengeance. Le pardon n'a plus de limite : il ne s'arrête plus à sept fois. L'Ëvangile veut, pour la dignité de l'homme, pour humaniser notre monde, conduire la Loi de Moïse au-delà d'elle-même, jusqu'à la perfection. Refuser le pardon, c'est refuser la santé, la liberté et la paix du coeur. « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. »

Fr. Maurice DÉNOUE

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